La France fait fermer des « stations de police » clandestines chinoises sur son territoire

Droits humains | juin 20, 2026

Grace à leur vigilance, neuf structures, pilotées en France par le ministère de la sécurité publique chinois, qui les emploie notamment à la traque de dissidents, ont été démantelées depuis le printemps 2025 par les services de contre-espionnage.

Selon le ministère de l’intérieur, trois « chefs » de ces commissariats fantômes, de nationalité chinoise, ont fait l’objet de mesures d’expulsion. Ils étaient chargés, notamment, de contrôler la diaspora chinoise et de traquer les opposants au régime pour les renvoyer de force en Chine. Deux ont déjà été expulsés. Le 9 juin, devant les 2e et 7e chambres réunies du Conseil d’Etat, la rapporteuse publique a demandé la confirmation de la troisième expulsion.

Source : https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/06/17/la-france-fait-fermer-des-stations-de-police-clandestines-chinoises-sur-son-territoire_6704257_3224.html

Photo : capture d’écran TF1

L’article en entier :

SOCIÉTÉ POLICE ET JUSTICE
La France fait fermer des « stations de police »
clandestines chinoises sur son territoire
Neuf structures, pilotées en France par le ministère de la sécurité publique chinois, qui les emploie notamment à la
traque de dissidents, ont été démantelées depuis le prtintemps 2025 par les services de contre-espionnage.
Par Jacques Follorou
La France n’a pas seulement à craindre la menace d’ingérences russes
ou iraniennes, elle doit tout autant veiller à contrer l’emprise chinoise
sur son territoire. Après un an d’enquête, au début de 2026, les services
de contre-espionnage ont ainsi fait fermer neuf « stations de police »
clandestines travaillant pour les intérêts de Pékin en France.
Selon le ministère de l’intérieur, trois « chefs » de ces commissariats
fantômes, de nationalité chinoise, ont fait l’objet de mesures
d’expulsion. Ils étaient chargés, notamment, de contrôler la diaspora
chinoise et de traquer les opposants au régime pour les renvoyer de
force en Chine. Deux ont déjà été expulsés. Le 9 juin, devant les 2e et
7e chambres réunies du Conseil d’Etat, la rapporteuse publique a
demandé la confirmation de la troisième expulsion.

Moins spectaculaire que les opérations de déstabilisation russes, mais
tout aussi dynamique, l’activité clandestine de Pékin à l’étranger
fonctionne en grande partie par l’intermédiaire de ressortissants
n’ayant pas de liens directs avec l’Etat chinois. Une loi de la République
populaire du 28 juin 2017 sur le renseignement a créé des contraintes
légales imposant aux citoyens et entreprises de Chine de concourir à la
collecte d’informations dans le cadre du « Front uni », ce qui fait de
tout ressortissant chinois un potentiel espion.
Le 1ᵉʳ juin 2023, le Parlement européen avait, d’ailleurs, invité « les Etats
membres et les autorités de l’Union à enquêter sur l’existence présumée
de ces postes de police et à prendre des mesures
coordonnées contre toute activité illégale liée au département chinois du
travail du Front uni en Europe ».


Recrutements de taupes :
Pour le ministère de l’intérieur, ces « stations clandestines », non
déclarées, sont des extensions de commissariats chinois sur le
territoire français agissant sous les ordres du ministère de la sécurité
publique (MSP), principale autorité policière chinoise.
Pour la plupart, ces structures actives en France, surtout dans la région
parisienne, étaient implantées au sein d’associations communautaires
ou culturelles chinoises. Outre la chasse aux dissidents, elles
fournissaient des services administratifs, comme la délivrance de
passeports, et pouvaient collecter des renseignements pour de
possibles recrutements de taupes, qualifiées de « talents ». La
communauté chinoise installée en France compte environ
600 000 personnes.
Le cas d’un des chefs d’une « station de police » clandestine, Ni
Chaowen, âgé de 57 ans, a été évoqué, le 9 juin, devant le Conseil d’Etat.
Président depuis 2023 de l’Association des industriels et commerçants
du Fujian (AICF), il hébergeait en réalité derrière cette enseigne, selon le
ministère de l’intérieur, un commissariat clandestin rattaché au MSP
chinois. L’enquête le montre sur une photo destinée au Bureau des
a aires des Chinois d’outre-mer sur laquelle posent d’autres
membres de l’AICF, devant une a che de grande taille sur laquelle
apparaît, en chinois et en anglais, le nom de la station – « Fuzhou
Police Overseas Service Station ». Il aurait, enfin, reçu sur la messagerie
WeChat des instructions du MSP, notamment le 9 décembre 2021, lui
enjoignant de faire venir du monde pour la visite, en France, du chef du
MSP et maire adjoint de Fuzhou.

Entendu le 18 septembre 2023, Ni Chaowen a, dans un premier temps,
admis avoir hébergé la station clandestine au sein de son association et
participé à son activité « pour les passeports », avant de se rétracter
devant la commission de l’expulsion. Pour l’a che comme pour le
message reçu sur WeChat, sa défense a expliqué qu’ils n’avaient pas de
message reçu sur WeChat, sa défense a expliqué qu’ils n’avaient pas de
valeur probatoire. Pour le ministère de l’intérieur, au contraire, le fait
d’entretenir des intelligences avec une puissance étrangère portait
atteinte aux intérêts fondamentaux de l’Etat. Le ministre – à l’époque
Bruno Retailleau – a prononcé son expulsion le 11 mai 2025, mais son
exécution avait été suspendue en référé.
Arrivé en France en 2001, Ni Chaowen n’a régularisé sa situation
qu’en 2012. Depuis, il dirigeait plusieurs entreprises de prêt-à-porter
low-cost, de maroquinerie ou de bijoux, également à bas coûts. L’AICF
était implantée dans les locaux de sa société, Naumy, à Paris. Fondée,
en 2014, à Fleury-Mérogis, dans l’Essonne, cette enseigne de fast
fashion, dont le slogan est « Moins cher que Temu et Shein », a compté
plus d’une quarantaine de points de vente, surtout en Ile-de-France,
avant de s’implanter dans la capitale en 2023. Un temps, son siège se
situait tour Ravenne, au cœur du quartier chinois, dans le
13e arrondissement, puis rue du Faubourg-Saint-Antoine, dans le 12e
arrondissement.


Tentative de rapatriement forcé :
Les autorités françaises ont décidé de hausser le ton contre ces
structures de police chinoise clandestines après avoir sévi, en 2024,
contre l’activisme d’agents secrets dûment répertoriés à l’ambassade
de Chine à Paris. Le chef de poste du ministère de la sécurité de l’Etat
(MSE, ou Guoanbu, les services secrets chinois), et son adjoint avaient
ainsi été priés de quitter le territoire français après avoir orchestré,
en mars 2024, une tentative de rapatriement forcé d’un dissident
politique.
Le 22 mars 2024, à l’aéroport francilien de Roissy-Charles-de-Gaulle,
avec cinq autres individus, ils avaient tenté de forcer Ling Huazhan, un
dissident chinois de 26 ans, à embarquer pour la Chine. L’intervention
de la police avait mis fin au projet. La victime vivait seule et de manière
précaire près de la gare Saint-Lazare, à Paris, après s’être réfugiée en
Europe. Visé par son pays pour « action o ensante à l’égard du
président chinois » – des gra tis anti-Xi Jinping et des dégradations
d’a ches à l’e gie de ce dernier –, il avait relayé des articles critiques
du régime sur les réseaux sociaux. Selon l’enquête de la direction
générale de la sécurité intérieure, son passeport lui avait été subtilisé
par les membres de la « station de police clandestine » située dans un
commerce chinois, près de son domicile.

La Chine, par l’entremise de son ambassade, en France, n’a pas démenti
l’existence des « stations de police », mais les a présentées comme de
simples « points de service à l’étranger » pour « aider aux contacts entre
les autorités de [leur] ville natale et les expatriés chinois ». Elle a nié que
ces « stations » puissent avoir une quelconque activité politique et tout
caractère illégal.
Ne semblant guère apprécier la publicité donnée à ces a aires, les
autorités chinoises ont tenté, tant pour le sort des agents secrets
affectés à l’ambassade que pour les ressortissants mis en cause dans
l’affaire des « commissariats fantômes », de plaider leur cause auprès
du ministère des a aires étrangères. Interrogé, un haut diplomate du
Quai d’Orsay a confirmé que des diplomates chinois étaient venus
défendre leur « bonne foi » et celle de leurs compatriotes. En retour, ils
n’ont obtenu qu’un engagement à la discrétion de la France sur les
mesures prises à leur encontre…….